
Contrairement à l’idée reçue, fabriquer un instrument à partir de matériaux de récupération n’est pas qu’un simple bricolage. C’est un acte de lutherie expérimentale où le but n’est pas de copier un son existant, mais bien d’inventer une signature sonore inédite. Cet article vous guide dans les choix de matériaux, les techniques d’amplification et les secrets du ‘circuit bending’ pour transformer ce que d’autres jettent en une source d’inspiration musicale inépuisable, en toute sécurité.
Le disque dur de votre ordinateur déborde de banques de sons et de VST, mais une frustration persiste : celle de retrouver les mêmes textures sonores dans toutes les productions. L’envie d’un son organique, imprévisible, avec ses défauts et son caractère unique, se fait sentir. La solution ne se trouve peut-être pas dans un nouveau plugin, mais dans votre bac de recyclage. Bien sûr, l’idée de créer des instruments à partir de déchets évoque souvent les maracas en bouteille de plastique des projets scolaires, une approche sympathique mais musicalement limitée.
Mais si la véritable clé n’était pas de fabriquer des imitations bon marché d’instruments connus, mais plutôt de se lancer dans la lutherie expérimentale ? L’objectif change radicalement : il ne s’agit plus de faire une « guitare-boîte-de-cigare », mais de concevoir une source sonore entièrement nouvelle, une véritable signature sonore qui n’appartiendra qu’à vous. C’est une démarche de sound designer, où chaque matériau, chaque vis et chaque soudure est une décision artistique.
Cet article est votre feuille de route dans cette aventure. Nous explorerons comment le choix d’un simple tuyau en PVC ou d’une plaque de métal définit un timbre, comment amplifier votre création sans transformer votre local de répétition en enfer de larsen, et comment pirater de vieux jouets électroniques pour en extraire des sons mutants. Nous verrons aussi que la sécurité et le partage avec la communauté sont au cœur de cette démarche de maker musical.
Sommaire : Le guide complet de la lutherie à partir de matériaux de récupération
- PVC, verre ou métal : quel matériau pour quelle résonance ?
- Piézo ou micro aérien : comment amplifier votre création sans larsen ?
- L’erreur de percer une caisse de résonance au hasard
- Circuit Bending : comment modifier des jouets sans s’électrocuter ?
- Pourquoi documenter votre processus de fabrication pour la communauté Open Source ?
- L’erreur de positionnement des mains qui conduit aux urgences
- Vocabulaire technique ou ressenti : comment expliquer le son que vous voulez ?
- Huile ou Fusain : comment intégrer les médias traditionnels dans un workflow numérique ?
PVC, verre ou métal : quel matériau pour quelle résonance ?
La première étape de la lutherie expérimentale est de cesser de voir les déchets comme des objets et de commencer à les écouter comme des sources. Le matériau est le cœur du réacteur sonore ; il dicte le timbre, le sustain et le caractère fondamental de votre instrument. Un tube en PVC n’offrira jamais la brillance cristalline d’une bouteille en verre, ni le long sustain d’une plaque de métal. Votre rôle est de devenir un curateur de timbres, un collectionneur de potentiels acoustiques.
Chaque matériau possède une impédance acoustique qui lui est propre. Le métal, dense, transmettra les vibrations sur une longue durée (sustain élevé) avec des harmoniques riches et complexes dans les aigus. Le PVC, plus souple et léger, absorbera l’énergie plus rapidement, produisant un son plus court, plus mat et centré sur les médiums. Le verre, rigide mais fragile, génèrera des sons très purs, presque sinusoïdaux, avec une attaque nette et brillante. La véritable magie opère souvent en combinant des matériaux de densités différentes pour créer des signatures timbrales hybrides.
Étude de cas : Timothée Ferrari et le groupe ‘Konserv’
Musicien professionnel, Timothée Ferrari illustre parfaitement cette philosophie. Pour créer ses instruments, il ne cherche pas à imiter mais à innover. Il transforme par exemple une gaine électrique et un tuyau de radiateur en corps de clarinette, couronné par un pavillon en bouteille plastique. Il explique que le pavillon est crucial non seulement pour la projection du son, mais aussi pour l’identité visuelle de l’instrument. Son travail démontre que la contrainte du matériau de récupération devient une source de créativité et d’unicité sonore.
Pour commencer à explorer votre propre palette de sons, l’approche doit être systématique. Ne vous contentez pas de taper sur des objets au hasard. Créez votre propre bibliothèque sonore en suivant quelques étapes simples :
- Testez les percuteurs : Frappez chaque matériau avec différentes mailloches (bois, caoutchouc, feutre, métal) pour découvrir sa réponse à différentes attaques.
- Jouez avec la masse et la taille : Pour modifier la hauteur, le principe est simple. Raccourcir ou alléger un objet augmente sa fréquence (son plus aigu). Ajouter de la masse (pâte à modeler, aimants) ou l’allonger la diminue (son plus grave).
- Explorez les formes : Un tube, une plaque, une sphère… chaque géométrie crée un mode de résonance différent. Un tube produira une résonance cylindrique riche en harmoniques, tandis qu’une plaque vibrera sur toute sa surface.
Piézo ou micro aérien : comment amplifier votre création sans larsen ?
Vous avez créé une source sonore acoustique fascinante, mais son volume est à peine audible. L’étape de l’amplification est cruciale, mais c’est aussi là que de nombreux projets échouent dans un vacarme de larsen (feedback). La question n’est pas simplement « comment rendre le son plus fort ? », mais « comment capter l’âme de mon instrument sans la dénaturer ? ». Pour cela, deux grandes familles de capteurs s’offrent à vous : les micros de contact (piézos) et les micros aériens.
Le micro piézoélectrique est le meilleur ami du luthier expérimental. C’est une petite pastille de céramique qui transforme les vibrations directes du matériau en signal électrique. Son avantage majeur est sa très faible sensibilité au larsen, car il ne capte quasiment pas le son ambiant. En revanche, son rendu peut être « sec » ou « nasillard », car il ne capte que la vibration de la structure, ignorant l’air qui se déplace autour. Le micro aérien (dynamique ou à condensateur) fait l’inverse : il capte le son tel qu’il se propage dans l’air, offrant une restitution beaucoup plus naturelle et détaillée. Son talon d’Achille est sa grande sensibilité au larsen, surtout sur scène.

Le tableau suivant synthétise les avantages et inconvénients pour vous aider à faire un choix éclairé en fonction de votre projet et de son usage (studio ou live).
| Caractéristique | Piézo passif | Piézo actif | Micro aérien |
|---|---|---|---|
| Sensibilité au larsen | Très faible | Faible | Élevée |
| Restitution sonore | Synthétique | Plus naturelle | Très fidèle |
| Nécessite préampli | Oui | Intégré | Variable |
| Coût moyen | 20-50€ | 50-150€ | 100-300€ |
La solution reine, adoptée par de nombreux musiciens acoustiques, est souvent un système hybride. Il s’agit de mixer le signal direct et robuste du piézo avec la finesse et l’air du micro. Comme le souligne un expert dans un guide sur l’amplification acoustique :
Pour stabiliser votre son, mettez le mix microphone/piezo dans un ratio 10/90%. Le microphone vous donnera le petit plus de naturel sans accrocher trop vite. Une position 50/50% ou même 40/60% ne sera souvent pas tenable sur scène.
– Expert en amplification acoustique, Guide de l’amplification pour guitare acoustique
L’erreur de percer une caisse de résonance au hasard
L’erreur la plus commune après avoir assemblé une caisse est de penser qu’un trou, n’importe où, agira comme un « haut-parleur ». Percer une ouïe au hasard est le meilleur moyen de tuer la résonance que vous avez mis tant de temps à construire. La taille et l’emplacement d’une ouverture ne sont pas des choix esthétiques, mais des paramètres physiques qui obéissent au principe du résonateur de Helmholtz. C’est le même phénomène qui produit un son lorsque vous soufflez sur le goulot d’une bouteille : l’air contenu dans le volume de la caisse agit comme un ressort, et l’air dans l’ouverture (l’évent) agit comme une masse. Ensemble, ils créent un système qui entre en résonance à une fréquence très précise, amplifiant naturellement cette note.
Modifier la taille de l’évent ou le volume de la caisse change cette fréquence de résonance. Un évent plus petit ou une caisse plus grande produiront une résonance plus grave, et inversement. Percer votre instrument est un acte définitif, il est donc impératif d’adopter une méthode de prototypage non-destructif avant de sortir la perceuse. L’objectif est de trouver l’emplacement et la taille idéaux de l’évent de manière réversible.
Voici une méthode simple pour prototyper l’évent de votre caisse de résonance :
- Créez des évents temporaires : Utilisez des tubes en carton ou des rouleaux de papier que vous pouvez faire coulisser pour tester différentes longueurs et diamètres.
- Testez les positions : Fixez ces évents temporaires avec du ruban adhésif repositionnable à différents endroits de la caisse (centre, bords) pour voir où la résonance est la plus agréable.
- Mesurez la fréquence : Utilisez une application d’analyse spectrale sur votre smartphone (type Spectroid) pour visualiser la fréquence fondamentale que votre caisse amplifie avec chaque configuration.
- Percez progressivement : Une fois la position optimale identifiée, commencez par un petit trou et agrandissez-le très progressivement, en testant le son à chaque étape.
- Gardez une marge de manœuvre : Conservez la possibilité de modifier le son final en prévoyant un système pour boucher partiellement l’évent, comme un simple iris découpé dans du carton.
Circuit Bending : comment modifier des jouets sans s’électrocuter ?
Le Circuit Bending, ou « pliage de circuit », est l’art de court-circuiter de manière créative des appareils électroniques basse tension, comme des jouets pour enfants, des petites radios ou des claviers bon marché, pour produire des sons totalement nouveaux et imprévisibles. C’est l’essence même de la philosophie maker : ouvrir la boîte noire, comprendre comment elle fonctionne et la détourner pour en faire quelque chose de personnel. Mais cette pratique, aussi ludique soit-elle, comporte des risques si l’on ne respecte pas une règle d’or.
La sécurité est la priorité absolue. La règle fondamentale, comme le rappellent les recommandations des ateliers de circuit bending, est simple : pour éviter tout risque d’électrocution, il est impératif de choisir un objet fonctionnant sur piles et non sur secteur. Une décharge de 6 ou 9 volts est sans danger, alors qu’une erreur sur un appareil branché au 220V peut être fatale. Ne prenez jamais, au grand jamais, ce risque.

Une fois l’objet à piles choisi et ouvert, l’exploration peut commencer. L’idée est d’utiliser un fil pour connecter deux points du circuit imprimé et d’écouter l’effet produit : un son distordu, une boucle glitchée, une mélodie accélérée… Quand un son intéressant est trouvé, le court-circuit temporaire est remplacé par un composant fixe comme un interrupteur ou un potentiomètre pour pouvoir contrôler l’effet. Pour vous lancer sans danger, un audit de sécurité s’impose.
Votre plan d’action sécurité pour le circuit bending
- Source d’alimentation : Vérifiez et travaillez uniquement sur des objets fonctionnant sur piles. Une tension de 6V n’est pas dangereuse, le 220V l’est.
- Identification des zones : Utilisez un multimètre pour repérer les zones à risque (proches de l’alimentation, condensateurs chargés) et les zones de jeu (circuits logiques basse tension).
- Choix de la victime : Ne modifiez jamais un appareil de valeur ou auquel vous tenez. Le circuit bending peut rendre l’objet inutilisable.
- Exclusion des DSP : N’essayez pas de modifier des appareils contenant un DSP (Digital Signal Processor), comme les lecteurs MP3 ou les effets numériques complexes. Le résultat est souvent un silence total.
- Pérennisation des découvertes : Une fois un court-circuit intéressant trouvé, remplacez-le par un potentiomètre ou un interrupteur pour rendre le son reproductible et contrôlable.
Pourquoi documenter votre processus de fabrication pour la communauté Open Source ?
Vous avez passé des heures à trouver le bon matériau, à souder le bon potentiomètre, à créer un instrument qui produit un son que personne n’a jamais entendu. La tentation est grande de garder ce secret pour vous. Pourtant, l’un des aspects les plus gratifiants de la culture maker est le partage. Documenter votre processus et le publier sous licence Open Source (comme Creative Commons) n’est pas seulement un acte de générosité, c’est aussi une manière d’accélérer votre propre créativité.
En partageant vos plans, vos erreurs et vos découvertes, vous invitez une communauté de passionnés à s’approprier votre projet, à le critiquer, à l’améliorer et à le détourner. Quelqu’un à l’autre bout du monde pourrait avoir la solution à un problème qui vous bloque depuis des semaines, ou utiliser votre instrument d’une manière que vous n’auriez jamais imaginée, vous inspirant en retour. C’est l’essence de l’intelligence collective. De plus, expliquer votre démarche vous force à la structurer et à mieux la comprendre vous-même. Cela peut également asseoir votre réputation en tant que créateur d’instruments uniques, ouvrant la porte à des collaborations ou même à des commandes personnalisées.
Des projets comme TALAfabric’ incarnent cet esprit. Ils ont créé un atelier participatif où des dizaines d’instruments sont réalisables à partir de déchets, transformant l’acte de fabrication en un geste citoyen et musical partagé. L’impact de cette philosophie de partage peut être immense. Un projet comme « Sonidos de la Tierra » au Paraguay en est la preuve vivante.
Ils sont aujourd’hui plus de 12000 enfants à avoir appris à jouer de la musique sur des instruments de récupération. Plus de 700 pièces ont été conçues en 5 ans.
– Projet Sonidos de la Tierra, L’art du recyclage musical au Paraguay
Cette citation illustre comment le partage de techniques de lutherie alternative peut avoir un impact social et éducatif considérable, bien au-delà du simple plaisir de la création individuelle.
L’erreur de positionnement des mains qui conduit aux urgences
La créativité ne doit jamais se faire au détriment de la sécurité physique. Dans l’enthousiasme de la création, on peut facilement oublier que les matériaux de récupération n’ont pas été conçus pour être manipulés par des mains humaines. Un bord de conserve mal ébavuré, un éclat de verre, une arête métallique saillante ou une soudure mal isolée peuvent transformer une session de jeu en visite aux urgences. L’ergonomie et la sécurité de l’interface entre le musicien et l’instrument sont aussi importantes que le son lui-même.
L’erreur fatale est de finaliser l’assemblage de l’instrument sans avoir testé tous les gestes de jeu. Un instrument peut sembler inoffensif au repos, mais révéler des zones de friction, des angles agressifs ou des risques de pincement une fois qu’on essaie de le jouer avec intensité. La prévention des blessures passe par une phase de finition et de test rigoureuse, où l’on se met à la place du futur utilisateur (souvent soi-même).
Avant de considérer votre instrument comme « terminé », passez en revue cette checklist de sécurité physique :
- Testez les gestes à vide : Simulez tous les mouvements de jeu (frapper, gratter, pincer) pour identifier les points de contact potentiellement dangereux ou inconfortables.
- Ébavurez et polissez : Chanfreinez et poncez systématiquement tous les bords de métal ou de verre. Un bord adouci est un bord sécurisé.
- Gainezen les zones de contact : Pour les zones où les mains ou les doigts appuient régulièrement, appliquez un gainage en caoutchouc, du ruban adhésif épais ou même de la colle thermofusible pour créer une surface de contact douce.
- Vérifiez l’isolation électrique : Si votre instrument comporte des parties métalliques et des circuits électriques, vérifiez avec un multimètre en mode continuité qu’aucune partie métallique accessible n’est accidentellement connectée au circuit.
- Pensez ergonomie : Concevez des zones de préhension adaptées à la main. Si l’instrument est lourd ou volumineux, pensez à intégrer des points d’attache pour une sangle.
Vocabulaire technique ou ressenti : comment expliquer le son que vous voulez ?
Vous avez une idée sonore très précise en tête. Un son « granuleux », « liquide » ou « cassant ». Mais comment passer de cette sensation subjective à des choix techniques concrets ? C’est l’un des plus grands défis du sound design : traduire le ressenti en paramètres physiques. Communiquer avec d’autres musiciens, ou même simplement clarifier ses propres idées, nécessite de construire un pont entre le vocabulaire poétique et le langage technique.
Le monde du son est régi par des paramètres objectifs. L’attaque (le début du son, rapide ou lent), le decay ou sustain (la durée de la résonance, courte ou longue), et le spectre fréquentiel (la répartition des graves, médiums et aigus) sont des descripteurs universels. Apprendre à les identifier à l’oreille et à les visualiser avec un analyseur de spectre est une compétence fondamentale. Un son « cassant » aura probablement une attaque très rapide et un spectre riche en hautes fréquences. Un son « liquide » pourrait avoir une attaque plus douce et des modulations lentes dans le spectre.
Le but n’est pas de rejeter le vocabulaire personnel, mais de le connecter à des données mesurables. Un guide technique pour des instruments comme le handpan le formule ainsi à propos d’un paramètre clé :
Le sustain correspond à la durée de tenue d’une note après l’attaque. Une plage de 8 à 12 secondes est souvent confortable : assez longue pour l’atmosphère, sans noyer le jeu.
– Guide technique pour handpan, Amplification et retours pour instruments alternatifs
Cette phrase est un exemple parfait : elle définit un terme technique (« sustain »), lui associe une mesure concrète (« 8 à 12 secondes ») et la relie à un ressenti de jeu (« confortable », « ne pas noyer le jeu »). Pour développer cette compétence de « traduction », vous pouvez suivre une méthode structurée :
- Créez un « moodboard sonore » : Rassemblez des enregistrements de référence qui incarnent le son que vous visez (bruits de la nature, sons industriels, extraits musicaux).
- Visualisez les sons : Utilisez un analyseur de spectre pour « voir » les caractéristiques de vos sons de référence et des prototypes que vous créez.
- Notez les paramètres objectifs : Pour chaque son, décrivez son attaque, son sustain et son spectre.
- Développez votre lexique : Associez vos propres mots (« granuleux », « rond », « aérien ») aux paramètres objectifs que vous avez notés.
- Construisez des « sketchs sonores » : Créez rapidement des prototypes très simples pour communiquer une idée de manière tangible plutôt que de la décrire avec des mots.
À retenir
- Chaque matériau est une source de timbre : le métal offre du sustain, le PVC un son mat, le verre de la brillance. Votre choix est une décision de sound design.
- L’amplification idéale est souvent un mix : utilisez un micro piézo pour la puissance et la résistance au larsen, et ajoutez un peu de micro aérien pour le naturel.
- La sécurité est non-négociable : travaillez uniquement sur des appareils à piles pour le circuit bending et polissez systématiquement tous les bords coupants de vos créations.
De l’acoustique au numérique : intégrer votre création dans un workflow numérique
Votre instrument existe. Il a une voix unique, une ergonomie sécurisée et un système d’amplification fiable. Mais ce n’est que le début du voyage créatif. L’instrument physique, aussi fascinant soit-il, n’est qu’une source brute. Sa véritable puissance se révèle lorsqu’il est intégré dans un workflow numérique, c’est-à-dire dans votre home studio et votre logiciel de MAO (Musique Assistée par Ordinateur).
C’est là que « l’huile et le fusain » de vos matériaux bruts rencontrent la palette infinie des traitements numériques. Le son unique de votre création peut être samplé, découpé, transposé, trituré avec des effets (réverbération, delay, distorsion) pour devenir la base de paysages sonores complexes. L’orchestre de Cateura au Paraguay, célèbre pour ses instruments construits à partir d’une décharge, a montré comment des créations acoustiques peuvent atteindre une renommée mondiale, et leur intégration dans des enregistrements modernes est l’étape suivante logique de ce processus.
L’hybridation entre le monde physique de votre instrument et le monde virtuel de votre ordinateur ouvre des possibilités infinies. Ne voyez pas ces deux univers comme opposés, mais comme complémentaires. Voici quelques techniques pour faire dialoguer le physique et le numérique, comme le détaille une analyse des musiques à base de recyclage :
| Technique | Application | Résultat sonore |
|---|---|---|
| Feedback loop physique-numérique | Traiter le son avec des plugins puis le renvoyer dans la caisse de l’instrument | Textures acoustiques/électroniques hybrides |
| Capteurs MIDI sur instrument DIY | Des piézos ou des capteurs de lumière contrôlant des sons numériques (VST) | Une interface de jeu physique unique pour des sons virtuels |
| Synthèse spectrale d’image | Scanner la texture visuelle de l’instrument pour la transformer en son | Transformation de la matière visuelle en matière sonore jouable |
| Sampling et re-amping | Enregistrer des sons bruts puis les re-diffuser dans d’autres objets pour en capter les résonances | Enrichissement harmonique progressif et création de textures complexes |
Le son le plus original ne se cache pas dans la dernière banque de samples à la mode, mais probablement dans les objets qui vous entourent. Votre prochaine signature sonore attend simplement que vous preniez le temps de l’écouter, de la sculpter et de lui donner une voix. Il est temps de commencer à chercher, percer et souder.
Questions fréquentes sur la fabrication d’instruments DIY
Quel est le meilleur micro pour un instrument fait maison ?
Il n’y a pas de « meilleur » micro, mais un choix à faire selon l’usage. Pour la scène, un micro piézo (de contact) est idéal car il limite fortement le larsen. Pour le studio, un micro aérien (à condensateur) offrira un son plus naturel et détaillé. La solution la plus polyvalente est souvent un mélange des deux, avec une majorité de signal provenant du piézo, et une touche de micro aérien pour la couleur.
Comment faire pour que mon instrument sonne juste ?
L’accordage d’un instrument DIY dépend de son type. Pour les instruments à percussion (type xylophone), la hauteur de la note est modifiée en changeant la longueur ou la masse de l’élément vibrant : raccourcir une lame la rend plus aiguë, ajouter du poids (ex: pâte à modeler) la rend plus grave. Pour les instruments à vent ou à caisse de résonance, la justesse dépend du volume d’air et de la taille des ouvertures (évents).
Le circuit bending est-il vraiment dangereux ?
Le circuit bending peut être dangereux si l’on ne respecte pas une règle fondamentale : ne travailler que sur des appareils fonctionnant sur piles (basse tension) et jamais sur des appareils branchés sur le secteur (220V). Une décharge de 9V est sans danger, une décharge du secteur peut être mortelle. En respectant cette règle, la pratique est une exploration sans risque.